Mon cancer et moi -4-

De la relation médecin/malade et des mots (maux?) pour la dire…

Il est d’usage de parler de patient en France lorsqu’on évoque la relation médecin/malade, et la seule chose que le médecin puisse valoriser économiquement aujourd’hui c’est sa “patientèle” (quand il arrive à la revendre, ce qui devient rare). Qu’y a t’il derrière ce vocable et pourquoi les médecins y tiennent tant?

Le Larousse nous donne quelques pistes :

  • Qui fait preuve de patience, de tolérance, de calme : Être patient avec ses élèves.
  • Qui supporte l’attente avec calme : Soyez patients, le bus va arriver.
  • Qui persévère avec constance dans son effort : Un observateur patient.
  • Qui est fait ou doit être fait avec patience, calme et persévérance : La patiente observation des faits.
  • Dans la tradition scolastique, se dit de ce qui subit l’action de quelque chose.

Et aussi :

  • Personne soumise à un examen médical, suivant un traitement ou subissant une intervention chirurgicale.
  • (Vieux)  Personne condamnée à un supplice ou qui va être exécutée. (Eh oui, étymologiquement, la racine de patient est le verbe pâtir)

On voit bien ce qui se dégage à la lecture de ces définitions: le patient est soumis, il subit, il supporte… ça en dit long sur l’inconscient (j’espère que c’est de l’ordre de l’inconscient) médical en France, et ça me rappelle certaines images d’Épinal ou l’on représentait les personnes importantes du village/de la société : il y avait l’instituteur, le maire, le notaire et… le médecin. Bref toutes les personnes qui, à l’époque (19° siècle) étaient considérées comme détentrices du pouvoir : le pouvoir du savoir (instituteur), le pouvoir politique (maire), le pouvoir patrimonial (notaire) et le pouvoir sur le corps (médecin). Si on fait un rapide point de situation au 21°siècle, il n’y a plus beaucoup d’instituteurs, de maires et de notaires qui s’enorgueillissent de posséder un pouvoir sur les personnes, ils sont plutôt en posture de service (quoique certains maires se mettent encore le doigt dans l’œil national), mais quid des médecins ? Et quel autre nom possible pour donner à cette relation spéciale plus de sens ?

  • Martin du Gard : “… mon cher docteur, vous ne devez pas manquer de clientes moins agréables à ausculter…” R. Martin du Gard – Les Thibault – La Consultation, 1928, p. 1097.
  • La Gestalt-thérapie propose une posture “côte à côte”, d’accompagnement ;  Le thérapeute ne travaille pas à partir d’un savoir sur l’autre, sa tâche est de soutenir les existants en présence : celui du client et le sien. C’est une rencontre dans laquelle les deux parties, le client et le thérapeute, s’engagent.
  • Je voudrais également raconter une situation entendue dans un cabinet de kinésithérapie : un des kinés s’intéresse aux papiers de sécurité sociale d’une “patiente/cliente”, un de ses collègues passe et remarquant le temps passé sur cet échange lui dit : “c’est bien d’essayer de comprendre tes patients, ça va te rendre plus proche”… J’ai vu un thérapeute faire un bout du chemin qui lui permettra de passer d’une posture de thérapeute/patient à une posture de thérapeute/client, même moqué par ses collègues.

Evidemment, pour en avoir échangé avec des thérapeutes, pour que le mot client prenne un sens non biaisé, il faut le dépouiller de son acception économique, pour ne conserver que le sens relationnel/postural dans lequel le client et le thérapeute, quelque partie du corps ou de l’esprit sur laquelle ce dernier travaille, s’engagent dans un contrat moral d’apports mutuels, ou chacun apporte son dû , que ce soit de la connaissance, de l’accompagnement, de la lutte, du dialogue, etc….

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